Un peu d'histoire...(Suite )..

Le 28 août 1478, une transaction où le droit de laignage est changé en 20 deniers tournois, par feu, ou par bête de harnois (chevaux, juments, bœufs et autres), pour ceux qui en possédaient, en expliquant que les 20 deniers par bête seraient payés à raison du temps de possession , en comptant 5 deniers par quartier d'année.
Le 19 août 1485, le chapitre rendit au roi un aveu qui nous a été conservé . Cet aveu spécial au domaine d'Ailly donne de précieux renseignements sur la composition du fief. Ailly était alors un plein fief de Haubert relevant de la châtellenie du Vaudreuil. Il avait au Bec un moulin dont nous avons déjà parlé, et comme arrière-fief ,le fief d'Asnières, huitième de fief qui appartenait à Jean de Deauvilliers, écuyer, et avait appartenu précédemment à Charlotte du Lyon, dame de Fontaine. Cette Charlotte du Lyon était dame de Fontaine-sous-Jouy en 1455. Son fief d'Asnières, à Ailly, paraît avoir passé peu de temps après dans la maison du Teillay. Au moins Antoine du Teillay, fils de Jamet du Teillay, baron d'Auray, portait le titre de seigneur d'Asnières. Sa sœur, Annette du Teillay, épousa en 1462 Michel de Beauvilliers, seigneur de la Ferté-Hubert, dont le fils Jeun de Beauvilliers était seigneur d'Asnières en 1485. La prévôté d'Ailly, que mentionnent l'aveu de 1486 et la donation du l'évêque Roger en 1022, avait été fieffée de bonne heure. Le manoir du prévôt, où il était tenu d'avoir prison et cop pour garder les prisonniers , formait une sorte de chefmois, pourvu bientôt d'une-volière et plus tard d'un colombier.
En 1464 la prévôté était aux mains de Guillaume de Beauvais, qui en rendit aveu au chapitre le 19 septembre. Ce prévôt, le 3 juillet 1462 obtint une sentence du sénéchal d'Ailly, qui lui accordait une part des grains recueillis par le messier ou garde des moissons, que les habitants élisaient chaque année, et auquel chacun ayant terre donnait une gerbe pour le payer de ses soins. Guillaume de Beauvais eut pour successeur, dans la prévôté, Jean de Beauvais, son fils, mentionné dans l'aveu des chanoines en 1485. Il avait épousé Catherine de Gingonrouet, et parait avoir vécu jusque vers 1512, puisque, 12 mars de cette année le partage de sa succession eut lieu entre ses deux fils, Etienne et Mathurin de Beauvais. L'aveu de 1485 ne fait pas mention d'un autre fief situé aussi à Ailly, mais qui relevait du fief de Bérou à Aubevoye, et s'appelait le fief des Quaizes. Ce fief, sous la domination anglaise, avait été enlevé à un Robert le Bicault, qui appartenait sans doute à une famille le Bicault dont on retrouve de nombreux membres à Ailly jusqu'à la révolution. Henri V le donna à Jean Doulé par un acte du 17 janvier 1424 qui lui rendait les biens de sa mère Guillemine, en y ajoutant, outre le fief des Quaizes, plusieurs terres, et les fiefs du Thil et de Beaubec-la-Ville, qui avaient appartenu à Jacques le Renvoisier et à Guy Karolay. Pour toutes ces possessions Jean Doulé et ses successeurs devaient rendre au roi, en son château de Rouen, une couronne de roses rouges, à la Saint-Jean-Baptiste, et acquitter les charges propres à chaque fief ou terre . Nous ignorons quels furent les successeurs immédiats de Jean Doulé.
Le fief des Quaizes fut réuni au domaine du roi de France vers 1450, à la fin de la domination des Anglais en Normandie, puis vendu par le roi avant 1534, où nous le trouverons aux mains du chapitre de Beauvais. Le XVIe siècle nous a fourni peu de renseignements sur le fief principal d'Ailly.
Les chanoines y avaient deux bois, le bois de Saint-Pierre et le bois de la Londe, dont ils devaient au roi le tiers et danger. Jacques de Bauquemare, président au parlement de Rouen, leur vendit ce droit, comme commissaire de Sa Majesté, par adjudication du 3 mars 1573. Mais en 1576 l'arpenteur royal ayant trouvé que les bois contenaient 2 arpents 43 perches et demie de plus qu'on ne l'avait marqué en 1573, Christophe de Thou, seigneur de Saint-Germain, grand maitre des eaux et forêts du Normandie, par ordonnance rendue à Elbeuf le 1er septembre 1576, ne permit au chapitre d'exploiter ses bois qu'en réservant au roi le tiers et danger de l'outre-passe. Ce fut l'objet d'une nouvelle adjudication faite au chapitre par acte du même de Thou, passé à Charleval le 23 juin 1577.
Le fief d'Asnières, que Jean de Bauvilliers possédait en 1486, était en 1513 aux mains de Jean de la Chapelle et de sa femme. Ils le vendirent cette même année à Antoine de Caradas, seigneur du Val-d'Ailly, duquel les chanoines de Beauvais l'obtinrent par clameur féodale le 10 juin 1688 . De cette dernière époque à la l'évolution, le fief d'Asnières fut réuni au domaine du chapitre.
La prévôté dans le partage de 1542 que nous avons cité plus haut, fut divisée entre les deux fils de Jean de Beauvais , Etienne et Mathurin de Beauvais, écuyers. Etienne vendit sa part à un nommé Sourin Martin. qui fut obligé de la revendre aussitôt à Mathurin de Beauvais. Celui-ci s'opposa au choix d'un messier que voulaient faire les habitants de la paroisse, et prétendit avoir droit à la moitié du blè recueilli par le messier. Il ne se désista de son opposition qu'après que les habitants lui eurent accordé , par acte du 3 mars 1545 une redevance fixe de 6 boisseaux de blé champart sur le revenu du messiage . Le 7 mars suivant, Mathurin de Beauvais vendit la prévôté à Antoine de Caradas, seigneur du Vau d'Ailly, qui la garda jusqu'au 4 mars 1528, où il en fit remise aux chanoines de Beauvais , sur clameur féodale. Les chanoines la revendirent peu de temps après à Mathurin de Beauvais car en 1629 celui-ci obtint du sénéchal d'Ailly une sentence qui condamnait le messier à payer les six boisseaux de blé dont il a été ci-dessus question. Il rendit aveu au chapitre le 5 novembre 1533, et on le trouve cité dans divers actes jusqu'en 1554. Son fils Michel de Beauvais. Écuyer, lui avait succédé avant 1563. Il prend le titre de sieur de Boscamin dans un acte du 31 août 1682, aux assises du Pont-de-l'Arche, où il protestait que les droits du colombier , bâti depuis long-temps en la maison de la prévôté d'Ailly, ne devaient recevoir aucun préjudice de la sentence donnée aux mêmes assises pour la construction d'un colombier près du manoir du chapitre . Edouard de Beauvais, écuyer, succéda à son père Michel de Beauvais, et rendit aveu de la prévôté aux chanoines le 4 juillet 1588. Il possédait en même temps le moulin du Bec avec une maison assez importante bâtie près de ce moulin. Cette maison avait appartenu précédemment à un Claude le Forestier , qui avait obtenu des chanoines le droit de bâtir un colombier moyennant vingt sous de rente seigneuriale. Le Bec forma dès lors, comme la prévôté. une sorte de gentilhommière, sans être en réalité un fief noble. Edouard de Beauvais en rendit aveu le 12 mai 1603. Les chanoines, qui avait volontiers admis ou toléré les colombiers de leurs vassaux tant qu'eux-mêmes n'en possédaient pas, cherchèrent à les détruire après la construction de leur propre colombier. Ils blâmèrent donc juridiquement l'aveu du Bec, et une sentence arbitrale du 23 avril 1644 décida que le colombier, bâti suivant la fieffe de Claude le Forestier, serait fermé, les pigeons ôtés , et qu'Edouard de Beauvais cesserait de payer la rente de 20 sous . Nous doutons toutefois que cette sentence ait été exécutée.
Dans le cours du XVIIe siècle, le fait le plus important que nous ayons rencontré est la fondation de la charité, due à Thomas Breard, curé d'Ailly, et érigée, le 12 novembre 1643 par Jean Delamarre, vicaire-général de Monseigneur de Pericard , évêque d'Evreux. La charité devait se composer de douze frères servants ayant à leur tête un prévôt, un échevin et un lieutenant élus chaque année le jour de Saint-Médard (8 juin). Tous les seconds dimanches