Un peu d'histoire...(Suite )..
LA COMMUNE D’AILLY
La commune d'Ailly, canton de Gaillon, était, avant la révolution, une paroisse du diocèse d'Evreux, doyenné de la Croix-Saint-Leufroy, vicomté et élection du Pont-de l'Arche, généralité de Rouen. On lui attribuait 452 feux, et son église est dédiée sous le vocable de Saint-Médard .
L'origine de cette paroisse et l'étymologie de son nom Alliacum nous sont inconnues. Le premier texte la concernant est un passage de Sigebert , qui rapporte la donation d'Ailly faite au chapitre de Beauvais par Roger, évêque et comte de cette ville. Il est à croire que ce prélat, étranger à la Normandie, avait eu ce domaine du propre de son aïeule, Leutgarde, fille de Hébert II, comte de Vermandois, mariée à Guillaume LongueEpée, duc de Normandie. Après l'assassinat de ce duc qui suivit la conférence qu'il avait eue à Pecquigny, en 943, avec Arnoul, comte do Flandre , Leutgarde prit pour second mari Thibaut leTricheur, comte de Tours, de Blois
et de Chartres, dont elle eut un fils Eudes 1, surnommé le Champenois, aussi comte de Tours, de Diois et de Chartres, lequel épousa en premières noces Mathilde, fille de Richard 1, duc de Normandie, et en secondes noces Berthe, sœur de Raoul, roi de Bourgogne.
Leutgarde vivait encore en 978. Eudes le Champenois eut de son second mariage, entre’ autres enfants, Roger, qui était chancelier de France en 998, et devint peu de temps après évêque et comte de Beauvais . C'est lui qui donna à son chapitre la terre d'Ailly avec la moitié de la vicomté de Mouchy en Vermandois . De
l'époque de cette donation antérieure à 1022 jusqu'en
1789, le chapitre de Beauvais ne cessa pas de posséder le domaine d'Ailly.
La constitution de la paroisse est antérieure à 1022, puisque la donation de Roger mentionne l'église paroissiale dédiée sous le vocable de Saint-Médard, et une autre église dédiée à la sainte Vierge, sur le territoire d'Ailly. Cette dernière a subsisté jusqu'à la révolution sous le nom do Chapelle de
Notre-Dame de-Bon-Secours.
Enfin le domaine d'Ailly avait dès lors une prévôté dont tous les droits furent concédés au chapitre par l'évêque donateur. C'est ce qui résulte d'une bulle d'Urbain III en 1186, le seul monument du XII" siècle que nous ayons
rencontré sur Ailly.
Vers la fin du XIlIè siècle, en 1284, le compte général rendu au chapitre par Th. de Sainte-Marguerite, son bailli, nous fournit quelques détails sur l'administration et les revenus d'Ailly. La dîme produisait 33 livres ; la réunion des sommes
dues ou payées pour l'année 1283 donne 225 livres qui, ajoutées aux 33 livres précédentes, forment un revenu total et
annuel d'environ 260 livres .
A la même époque, les chanoines augmentèrent leur domaine d'Ailly en achetant de Guillaume de Tournebu,
chevalier, une terre d'un revenu annuel de 17 livres. C'est l'origine de celle partie du fief d'Ailly appelée le fief de Tournebu, et dont les droits ou
redevances différaient un peu de ceux des autres parties du fief; il est probable qu'avant l'acquisition par le chapitre, cette terre n'était qu'une extension , sur Ailly, du fief de Tournebu à Aubevoye. Quoi qu'il en soit, les
officiers du roi réclamèrent la mouvance de cette terre, et les chanoines , par une transaction du 3 mai 1290 avec le bailli de Rouen, consentirent à payer 94 livres tournois, pour obtenir cession des droits du roi. Cette transaction fut confirmée par Philippe le Bel au mois de juillet de la même année.
La paroisse d'Ailly, située sur un plateau élevé qui divise les vallées de l'Eure et de la Seine, renferme un très faible ruisseau, qui prend sa source au hameau des Quaizes, et suit un étroit vallon en se dirigeant vers la ferme de Gournay sur Vieux-Villez. A une époque fort ancienne, on avait fait une retenue d'eau, un peu au-dessous des Quaizes, au lieu appelé le Bec.
Cette retenue avait permis de construire un moulin appelé moulin du Bec, auquel les habitants d'Ailly étaient tenus de faire moudre leur grains. Nous ignorons l'époque de la
construction de ce moulin , mais il existait bien avant 1395 ou il fut le sujet d'une transaction entre le chapitre de Beauvais et
les seigneurs d Acquigny, Guy de Laval et Raoul de Montfort. Les prédécesseurs de ces derniers avaient fait saisir une
charretée de gerbes appartenant à des habitants d'Ailly, sous prétexte que ceux-ci
étaient obligés de faire moudre leurs grains au moulin du Hamel d'Acquigny, quand celui du Bec ne
marchait pas. Le procès qui s'ensuivit, devant la juridiction royale du Pont-de-l'Arche, fut terminé en 1395, par une transaction dans laquelle les parties convinrent que les hommes baniers du moulin du Bec seraient obligés d'aller moudre au moulin du Hamel lorsque celui du Bec ne marcherait pas, et
réciproquement.
Vers la fin du XVieme siècle intervint un accord entre les chanoines et les habitants d'Ailly et de vieux-Villez sur le droit de laignage. Ce droit consistait dans l'obligation où étaient les habitants de, couper et d'amener au manoir seigneurial tout le bois
nécessaire pour le chauffage des chanoines ou de leurs fermiers. Les habitants donnèrent pouvoir à Perrin Boivin et Joan Pasdeloup, d'Ailly, et à Jean Dolaunoy, de Vieux-Villez leurs
procureurs, de changer ce droit en une redevance fixe de 20 deniers tournois, par habitant ou par
bête de harnois pour ceux qui en possédaient . Ces procureurs signèrent en effet,