Les fiefs et arrières fiefs

AILLY

Le fief d'Ailly était un plein fief de haubert relevant du roi en son chateau du Vaudreuil, ayant pour arrière-fiefs les fiefs d'Asnières et de Tournebu. Son chefmois était situé près de l'église d'Ailly et le fief s'étendait dans la paroisse de Vieux-Villez dont le chapitre de Beauvais avait le patronage aussi bren que celui d'Ailly. Lorsqu'en 1545 le Vaudreuil cessa de faire partie du domaine royal, le fief d'Ailly devint plus dépendant de la vicomté du Pont-de-l' Arche. JUSTICE. Elle était moyenne et basse, et s'exerçait par un sénéchal dont nous avons cité plusieurs sentences. L'exécution de ces sentences était confièe à un prévôt fieffé dont nous verrons plus loin les charges et les privilèges. Lorsque le Vaudreuil était du domaine du roi, les causes importantes ou en appel de la seigneurie d'Ailly étaient portées devant le bailli du Vaudreuil. Après la donation de 1515, elles le furent devant le vicomte du Pont-de-l'Arche, juge royal; mais plusieurs actes mentionnent le bailli du Vaudreuil comme juge naturel du territoire, et beaucoup de sentences émanent de lui. Une sergenterie dite d'AiIIy, branche de celle du Vauvray, était aussi attachée avant 1545 à la justice du Vaudreuil et le fut plus tard à la vicomté du Pont-de-l'Arche. C'était une sergenterie noble formant un huitième de fief et relevant du roi. Elle valait 10 livres tournois de revenu et ne parait pas s'être étendue au-delà des domaines du chapitre de Beauvais, dans la vicomté du Pont-de-l'Arche. Pierre Surgis, qui l'avait achetée d'Etienne-Yvon le Picard, en fit aveu au roi le 24 septembre 1662 .

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L'une de ses descendantes , Marguerite Surgis, veuve de Me Nicolas Baugreard, écuyer, seigneur du Fresne, conseiller du roi en la cour des comptes de Normandie, la vendit, par contrat du 5 juillet 1765, à messire Robert-François-Rènè Hurard, écuyer, seigneur du Castillon, chevallier de Saint-Louis. Celui-ci la vendit le 28 février 1767 à Jean-Hyacinthe-Alexandre Vaultier, chevalier, seigneur de la Grau¬dorie, du Bellay, de Louraille, seigneur et patron d'Imbleville, chevalier de Saint-Louis, lequel en rendit aveu au roi en 1768. Pierre Surgis avait eu pour prédécesseur Georges Loys, de 1618 à 1624 . Les sergents nobles d'AilIy que nous avons retrouvés peuvent donc être ainsi classés chronologiquement:


1545 Pierre DARCEL.
1618-1624, Georges Loys.
1662 Pierre SURGIS.
1765 Marguerite SURGIS.
1765-1767, Robert-François-Réné HUHARD.
1768 Alexandre VAULTIER.


DOMAINE: Le domaine non-fieffé, d'après le terrier de 1783, était composé de 40 acres environ de terre labourable et autant de bois, et d'un certain nombre de terres en friche, dont la contenance n'est pas indiquée.


MOULINS, RIVIÈRES ET FORETS: Nous avons déjà vu qu'Ailly possédait un moulin appelé le Moulin-du-Bec, qui marchait au moyen d'un étang alimenté par un petit ruisseau appelé le Bec ou le Ru-du-Bec, Tous les habitants d'Ailly étaient vanniers de ce moulin, et lorsqu'il ne marchait pas, ils étaient tenus d'aller faire moudre leurs grains au moulin du Hamel d'Acquigny, d'après une ancienne coutume confirmée par la transaction de 1395. Il y avait aussi près du chemin entre Ailly et le Gruchet, un moulin à veut, qui d'après le terrier,

Parait avoir été bàti en 1780. Nous n'avons trouvé aucune trace de droits d'usage exercés par les habitants dans les bois du chapitre.


DROITS SEIGNEURIAUX: Outre les droits féodaux ordinaires le chapitre en possédait qui méritent une mention spéciale. Les terres qui n'étaient soumises qu'a la dîme payaient l'onzième gerbe ; mais les nombreuses terres soumises au droit de cham¬part, d'après le terrier de 1783, payaient au chapitre la sixième gerbe et en outre les droits de gerbage, de piquets et de poitevines. C'est-à-dire que ces terres payaient par acre deux gerbes, l'une de blé, l'autre d'avoine, deux piquets d'avoine et trois pièces de monnaie appelées poitevines. Tous les habitants êtaient soumis au droit de lignage ou laignage, d'après l'aveu de 1485; c'est-à-dire qu'ils étaient tenus de couper dans les bois du chapitre et d'apporter au manoir seigneurial tout le bois nécessaire au chauffage des chanoines ou de leurs fermiers. Ce droit fut échangé au xv. siècle pour une rente annuelle de 20 deniers tournois par feu et par bête à charrois. Enfin les habitants du hameau du Gruchet étaient tenus de fournir un lit garni toutes les fois que les chanoines ou leurs délégués venaient à Ailly. Cette servitude fut aussi commuée au xv. Siècle en 9 sous de rente annuelle. Dans une requête du 3 avril 1597, les habitants d'Ailly s'étant plaint d'avoir beaucoup souffert, depuis 1588, de la grêle, de la stérilité du sol ct du passage des gens de guerre, les chanoines leur firent remise, pour cette année-là, des droits de champart, gerbage et piquet.

ARMES: Celles du Chapitre , dessinées sur le terrier et le plan de 1783, sont de gueules à la croix d'or , cantonnée de quatre clefs de même.

ASNIÈRES.

Ce fief était un huitième de fief relevant d'Ailly. Aucune trace de son chefmois ne subsiste et nous l'avons mis à un point autour duquel se trouvent la plupart des pièces de terre qui dépendaient de ce fief.


JUSTICE: Le fief d'Asnières avait au moins basse justice d'après l'aveu de 1485. Elle suivait pour les appels et les causes importantes la justice du fief principal, et ne s'en distingua plus après la réunion de 1588.


DOMAINE : Toutes les terres furent successivement fleflées par les chanoines. Ils n'avaient en leurs mains, en 783, qu'une seule vergée de terre, laquelle y était rentrée depuis peu.
 

DROITS SEIGNEURIAUX: Ils n'avaient rien de particulier ; les rentes seigneuriales se payaient au terme Saint-Remi.
 

ARMES: 1462, Teillay: d'argent au sautoir de gueules. 1485, Beauvilliers: fascé d'argent et de sinople, l'argent chargé de six merlettes de gueules 3, 2 et 4. 1513, Jean de La Chapelle. - Une famille normande de ce nom porte: d'azur au chevron d'or, accompagné de deux molettes de même en chef, et d'un croissant d'argent, en pointe. Nous ignorons si c'est la même famille qui possédait Asnières, de 1513-1588 , Caradas : d'argent au chevron d'or , accompagné de trois l'uses de gueules, tigées eL feuillées de sinople. Alills: d'argent de 1588-1789 , Chapitre de Beauvais : Lyon, porte un lion rampant d'argent, armé et lampassé de gueules.

au chevron d'azur chargé sur la pointe d'un croissant d'argent, accompagné de 3 roses de gueules branchées et tigées de même.

LES QUAIZES
 

C'était un quart de fief relevant de la seigneurie de Bérou par 30 sous de rente, Son chefmois était situé près de la fontaine dite des Quaizes qui donne naissance au ruisseau du Bec. Les chanoines en 1531 ne possédaient que sept vergées de terre, à l'endroit où sont aujourd'hui l'enclos et le manoir des Quaizes. Ce dernier, qui parait avoir été bâti au XVII" siècle, est une maison à un étage, avec un large escalier. Une partie des murs est encore couverte d'escentes taillées et disposées de manière à produire des dessins assez agréables à l'œil. En 1680 l'enclos des Quaizes contenait douze acres et était possédé par M, Nicolas le Cornu de Bimorel ;i il avait étét formé, par la réunion aux sept vergées du chapitre, de huit autres parcelles désignées dans le terrier de 1534. Le fief de Bérou à Aubevoye relevait de l'archevêque de Rouen, d'après les aveux de l'archevêché et du roi d'après le terrier de 1789.

JUSTICE: Le fief avait moyenne et basse justice exercée par un sénéchal, un greffier et un prévôt, Ces officiers étaient distincts de ceux d'Ailly. Les archives de l'Eure possèdent un registre du gage-piège des Quaizes tenu en 1780.

DOMAINE: Les terres aux mains des chanoines, en 1783, formaient environ six acres; mais le chefmois et la plupart des terres étaient aliénés depuis long-temps, avec réserve au chapitre de la seigneurie et des droits seigneuriaux. Le terrier de Bérou en 1789 porte à 10 acres 2 vergées 29 perches le domaine non fieffé, et à 387 acres 1 vergée 33 perches le domaine fieffé.

DROITS SEIGNEURIAUX: Ils n'offrent rien de particulier. Les chanoines de Beauvais, seigneurs des Quaizes, avaient comme tels droit de colombier à pied. Ils avaient concédé ou au moins toléré l'usage d'une volière au propriétaire du manoir. Une chapelle, dont nous parlerons à l'article Monuments, était jointe à cette habitation.

ARMES: Bicault inconnues.
Doullé : d'azur au chevron d'or accompagné de trois oignons de lis de même.

TOURNEBU.

Ce fief fut réuni, comme nous l'avons vu. vers 1290, au domaine des chanoines, et ceux-ci s'intitulent seigneurs de Tournebu en tête de tous les terriers et gages-pièges. Ils avaient, en 1783, quinze acres de terre du domaine non fieffé, dépendantes du fief de Tournebu. Aucune pièce ne nous a fourni de renseignements particuliers sur les droits de justice et autres qui, après la réunion, durent se confondre avec ceux de la seigneurie d'Ailly. Nous avons placé le chefmois à l'endroit où se trouvent groupées la plupart des pièces de terre dépendantes du fief; mais nous pensons, comme nous l'avons déjà dit, qu'il n'était, avant 1290, qu'une extension du fief de Tournebu à Aubevoye. Les seuls seigneurs connus sont Guillaume De Toun¬ebu vendeur, et le Chapitre de Beauvais.

ARMES: Tournebu, d'argent à la bande d'azur.

LA PRÉVOTÉ.

Elle était fieffée à une époque probablement fort ancienne; c'est-a-dire que l'office de prévôt, au lieu d'être exercé par une personne du choix des chanoines, se transmettait par héritage, comme tout autre bien. L'aveu de 1485 nous fait connaitre qu'un manoir, plusieurs terres labourables et vingt-quatre acres du bois appelé Dois-Carnin, étaient attachés à cet office. Le prévôt avait en outre la moitié des amendes et la moitié des droits de relief et de treizième qu'il levait judiciairement. Il était tenu, d'après ce même aveu et les autres pièces que nous avons citées, d'avoir à ses frais: les prisons et les liens nécessaires pour garder les coupables condamnés à la prison par le sénéchal d'Ailly; un parc pour garder les hôtes saisies en flagrant délit; et enfin de faire les publications et les poursuites nécessaires pour l'exécution des sentences, la levée des amendes et la recette des revenus. Il touchait encore, comme nous l'avons vu , une partie des grains recueillis par le messier ou garde des moissons. Le prévôt obtint enfin, malgré quelques difficultés, d'avoir d'abord une volière, et ensuite un colombier qui subsiste encore aujourd'hui.

LE BEC

Cette propriété, comme nous l'avons déjà dit, n'était pas un fief noble , mais une ferme importante en laquelle étaient attachés le moulin du Bec, un colombier et une maison presque toujours habitée par des gentilshommes. L'enclos du Bec était, en ,1534, divisé en plusieurs parcelles appartenant à divers propriétaires; par conséquent l'importance du domaine est postérieure à cette époque.